Eux, c'est Nous

Publié le par Laurette

Une chronique croisée avec Blandine, une évidence ... !

Eux, c'est Nous

C'est le 20 novembre 2015 que le collectif d'éditeurs (plus de 40) a choisi pour publier ce petit ouvrage, un symbole de plus, journée internationale de droits des enfants, victimes les plus innocentes de la violence de ces déracinements qui poussent tant d'hommes et de femmes à quitter leur pays pour rejoindre une terre, en théorie plus accueillante, en théorie moins hostile ... au péril de leur vie !!!

Un petit ouvrage vendu au prix de 3€ et dont le produit des ventes est intégralement reversé à la CIMADE, "association œuvrant depuis des années auprès des migrants, des réfugiés et des demandeurs d’asile".

Une action symbolique, juste, équitable, engagée comme un message de bienvenue, d'ouverture, de fraternité adressé aux réfugiés, aux hommes, aux femmes, aux enfants qui n'ont juste pas notre chance de vivre en paix.

Un ouvrage en 2 parties, en commençant par un texte d'une limpidité et d'une sincérité dont seul Daniel Pennac (auteur, entre autre de Comme un roman, ici CLIC) a le secret. Puis, viennent ensuite 8 petits textes expliquant à hauteur d'enfant les principaux termes pour comprendre la situation globale en reprenant les 8 lettres du mot RÉFUGIÉS, à la manière d'un acrostiche, proposés par Jessie Magana (auteur entre autre de Riposte ! ici CLIC) et Carole Saturno (auteur entre autre de Enfants d'ici, parents d'ailleurs ici CLIC).

Le tout illustré par Serge Bloch, (illustrateur entre autre de L’ennemi, ici CLIC) dont les traits contribuent grandement à la simplicité essentielle de l'ouvrage.

Une belle manière pour trouver les mots justes pour parler aux enfants d'immigration en générale et expliquer l’actualité en particulier, expliquer la guerre, le déracinent, l'importance de l'accueil et de la fraternité ... un ouvrage insuffisant certes pour comprendre mais largement suffisant pour penser ET avoir envie d'agir !

Ce n'est plus l'homme qui souffre que nous voyons sur ces images, ni la femme, ni l'enfant... Ce ne sont même plus des êtres humains, c'est un grouillement, un pullulement, un déferlement. Une effrayante menace. Avec ces phrases qui bourdonnent comme des guêpes autours de ces images : " Nous ne pouvons pas accueillir tout le malheur du monde !" (...). STOP ! Débranchons-nous. Concentrons-nous. (...) Et réfléchissons. Un peu.

Voilà la modeste mais si essentielle proposition de ce petit ouvrage par les mots du brillant Daniel Pennac, qui redonnent juste le message le plus élémentaire qui soit quand les médias ne se contentent plus que du secondaire, du superficiel, de l’anecdotique, le nombre, les origines, les motifs, les causes et les conséquences ... et si de tout cela il fallait un peu se foutre pour une fois ... et si on se remémorait que notre France d'aujourd'hui, celle que nous aimons infiniment et que nous voulons défendre coûte que coûte est déjà le fruit des brassages culturels successifs que nous devons à tous ceux que nous avons déjà accueillis depuis plus d'un siècle : Juifs, Arméniens, Russes, Espagnols, Italiens, Portugais, Algériens, Tunisiens, Marocains, Chiliens, Argentins, Brésiliens, Vietnamiens, Cambodgiens, Chinois ... et tous les autres.

Ce simple rappel historique devrait être suffisant, je trouve, pour chasser la peur, et ce fameux instinct de survie naturel mais sacrement néfaste, qui nous anime tous de manière plus ou moins consciente. Nous avons "survécu" à l'arrivée de tous ces autres, et pour beaucoup, nous sommes même les enfants de ces autres et aujourd'hui finalement qu'importe ?

Eux c'est Nous, des hommes, des femmes, des enfants, des frères, des mères, des cousines ou des cousins ... tous différents MAIS tous les mêmes, tous les mêmes, MAIS tous différents.

Aujourd'hui, c'est Eux, demain ce ne sera Nous, peut-être. Nous n’accueillons pas "la misère du monde", nous accueillons des humains qui souffrent et ça fait toute la différence ... qui peut encore raisonnablement leur fermer la porte au nez, à coup d'arguments économiques ???

Moi en tout cas, c'est cette France là qui me plait, la seule que je connaisse d'ailleurs, et dans laquelle j'ai mis au monde ma fille qui se plait à tremper les mains dans l'amitié des enfants du monde entier ...

Tu me grondes

Parce que j’ai les doigts
de toutes les couleurs
noir-polar
ou jaune-sable des squares
parfois blanc-banquise
ou rouge-révolution
et même bleu-contusion
Tu me grondes
et tu te trompes
mes doigts je les ai trempés
dans l’amitié
des mains
des enfants
du quartier

des enfants
du monde entier

Joël Sadeler

Poème extrait de : La Cour Couleurs, Rue du Monde, 1997

Préface d'Albert Jacquard

L'autre, femme ou homme, de la même espèce que moi,
et pourtant différent, comment le regarder,
Comment me comporter face à lui ?
 
Si je vois en lui un ennemi qui me menace, qui me fait peur,
je ne songe qu'à me défendre contre lui, et pour mieux
me défendre, à l'attaquer. C'est cela le racisme.
 
Si je vois en lui un obstacle qui gêne ma progression,
Je ne cherche qu'à le depasser, qu'à l'éliminer. C'est cela la compétition
qui tansforme la vie de chacun en une suite de batailles
parfois gagnées en guerre toujours perdue.
 
Pour être réaliste, je dois voir en l'autre une source qui contribuera
à ma propre construction. car je suis les liens que je tisse ;
me priver d'échanges c'est m'appauvrir.
Le comprendre, c'est participer à l'Humanitude. (...)

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A propos de ce petit ouvrage, voir la très belle chronique du Musée National de l'immigration, signée Mustapha Harzoune, journaliste, membre de la rédaction de la revue "Hommes et Migrations", collaborateur à la Cité Nationale de l'Histoire de l'Immigration, ici CLIC

Extrait : "Aucune naïveté ou angélisme ici. Seule une introspection, individuelle, permettra de construire une volonté, commune, qui, au delà de l’impérieux devoir de solidarité, permettra d’imaginer d’autres politiques et de réparer les décennies de fiascos et d’incohérences des politiques migratoires et d’accueil."

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Je ne peux que vous encourager à acheter cet ouvrage, petit prix pour une petit action ... mais le premier pas est toujours le plus important ... !

Eux, c'est Nous

Je vous laisse enfin lire la chronique de Blandine, sur son blog, par là :

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Blandine 15/12/2015 09:48

Un billet en effet difficile à écrire mais dont j'aime particulièrement ton angle de vue, et l'association avec poème, citation et cet album au propos magnifique.
Et tu as raison, nous sommes les enfants de ces autres, à tous points de vue!
Merci.
Bises.